Parlement panafricain : Pourquoi cet organe sans pouvoir est autant disputé ?

Coulix

Il y a deux ans déjà (4 juin 2019), le blogueur ivoirien Jean-Hugues N'doli déplorait dans une tribune parue sur Jeune Afrique, le caractère inaudible, voire léthargique du Parlement panafricain (PAP). On peut être surpris, dans ces conditions, de constater la farouche bataille pré-électorale à laquelle se sont livrés les parlementaires y siégeant, cette semaine.

Une institution sans pouvoir

Il y a fort à parier que vous-même, cher lecteur, ignoriez totalement l’existence d’un Parlement Panafricain, avant que celui-ci ne s’illustre tristement cette semaine par des scènes de chaos en plénière, à Midrand en Afrique du Sud.

Pourtant, le parlement panafricain existe depuis 2004, et à ce jour, cinq différents présidents s’y sont succédé, dont un intérimaire. Mais pourquoi une telle méconnaissance ?

La raison en est simple : à la différence du parlement européen, le parlement panafricain est un organe purement consultatif. C’est-à-dire qu’il n’a aucun pouvoir de contrainte sur l’Union Africaine, encore moins sur les états qui la composent.

En 17 ans d’existence, il n’a jamais produit le moindre texte de loi, et son rôle actuel est comparable aux fameux Conseils Économiques et Sociaux qui existent dans certains pays comme le nôtre.

Mais pourquoi déchaîne-t-on autant de passion pour en exiger une présidence tournante, ou alors pour s’y opposer ?

L’argument anticolonial

Si l’on n’avait pas d’information sur le caractère consultatif de cette cour, on pourrait bien tomber dans le raccourci de Julius Malema qui gronde « Les francophones admirent toujours leurs colonisateurs, ils continuent de vénérer les symboles de la France. D’ailleurs ils se perçoivent comme français et nous voient comme leurs ennemis» (Jeune Afrique), accusant ainsi ces derniers de faire le lit d’une influence française sur l’institution.

Mais cela est discutable dans la mesure où tous les pays africains francophones n’ont pas systématiquement des députés francophiles. En plus, pourquoi et comment la France voudrait-elle contrôler une institution qui demeure jusqu’ici sans pouvoir et sans influence notable ?

L’argument linguistico-culturel

En suivant les débats houleux, on peut aussi avoir l’impression qu’il s’agit d’une solidarité entre députés des pays francophones, unis contre les anglophones. Mais ce n’est pas aussi simple que cela, puisque des quatre présidents qui se sont succédé de 2004 à 2020, on compte bien deux francophones et deux anglophones (Tanzanie, Tchad, Nigéria, puis Cameroun).

Il s’agit donc bel et bien d’un désaccord interrégional. D’ailleurs, les pays anglophones situés dans les autres régions ne se sont pas joints aux exigences de leurs homologues d’Afrique australe, regardés à tort ou à raison comme suffisants et méprisants.

« Ils nous prennent pour des petits sauvageons, mais nous on a notre dignité », déclarait récemment le Sénégalais Djibril War au micro de Jeune Afrique. Le marocain Noureddine Karbal ajoute : «L’Afrique du Sud veut un Parlement panafricain sur mesure, qu'elle petu dominer et exploiter politiquement» (MAP, agence marocaine de presse).

Le vrai point : l’argent ?

Une piste de réponse transparait dans les déclarations du chef de la délégation sud-africaine au PAP. Selon ses propos recueillis par News24, « Ces deux caucus [Afrique de l’est et Afrique de l’ouest] utilisent toujours leur supériorité numérique (…) pour s’assurer que seuls leurs membres occupent la présidence, et quand vient le moment de rendre des comptes, ils utilisent cette même majorité pour se protéger des explications à rendre sur l’utilisation des fonds…».

D’ailleurs, dans une déclaration officielle lue par le caucus Sud, il est clairement reproché aux caucus Est et Ouest de vouloir « saper l’unité » du PAP et de « profiter des avantages financiers liés à la direction du bureau du PAP ». (congovirtuel.com).

En effet, même sans pouvoir réel, les avantages d’être élu à la tête d’une institution panafricaine, sont très intéressants en termes de prestige personnel, mais surtout au plan financier.

Quand on sait que l’institution est largement financée par l’Afrique du Sud (FinancialAfrik.com), on peut comprendre que l’Afrique australe se sente frustrée de n’avoir jamais pu occuper le très confortable fauteuil de la Présidence du Parlement Panafricain.

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Coulix contact@operanewshub.com

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