La culture du riz à Yamoussoukro, un investissement durable et prometteur

Petanlan

La culture du riz est apparue au Néolithique. La riziculture en terrain non-inondé est la plus ancienne ; elle est encore pratiquée par des populations valorisant une économie agricole traditionnelle, comme certains indigènes des Philippines. Mais elle ne produit pas les énormes rendements fournis par les rizières inondées qui se sont imposées partout où le climat le permet. La croissance du riz nécessite en effet de fortes chaleurs et de grandes quantités d'eau : contrairement au blé, sa production est donc limitée essentiellement aux zones tropicales et sub-tropicales, et aux marges des zones tempérées.

La riziculture a été l'une des bases de la révolution verte, des années 1960 à nos jours, non sans impacts socio-économiques sur les populations paysannes, avec un exode urbain entraîné par la mécanisation ; le recours massif à l’agrochimie (engrais, pesticides), puis aux plantes transgéniques a eu des conséquences négatives importantes sur la biodiversité, pour les auxiliaires de l’agriculture et pour la santé des riziculteurs.

Le riz est un aliment de base en Côte d’Ivoire mais, près de la moitié du riz acheté est importé.

Pour remédier à ce problème, la Côte d’Ivoire a entrepris de promouvoir la filière rizicole à travers des stratégies adoptées par le gouvernement depuis 2012. C'est pourquoi, le secteur rizicole se développe progressivement. Le riz est cultivé sur les plateaux et dans les bas-fonds dans toutes les régions du pays (les zones forestières, les zones de savanes, les zones montagneuses de l'ouest du pays). La production nationale a été de 683 671 tonnes de riz paddy en 2008. Actuellement cette quantité a plus que doublé. Cependant, des efforts considérables restent à faire pour satisfaire la demande en vue de l'autosuffisance en riz en Côte d'Ivoire.

La "riziculture irriguée" est celle qui est pratiquée à Yamoussoukro du fait de la disponibilité de bas-fonds aménagés à cet effet. Le riz aquatique ou "riz irrigué" est le type de culture le plus répandu et le plus intensif, avec la méthode Fukuoka. Environ les trois quarts de la production de riz mondiale proviennent de cet agro-système, où les méthodes traditionnelles permettent de produire 5 à 10 tonnes par cycle et par hectare. Dans les régions chaudes et fertiles jusqu'à trois récoltes par an sont faites.

Certaines des rizières en terrasse du sud de la Chine et du nord des Philippines ont plus de deux mille ans. Ces paysages spectaculaires témoignent de l'ingéniosité des paysans riziculteurs. Comme en plaine, ils ont réussi à créer et entretenir des réseaux de digues de 40 à 60 cm de hauteur, assurant un niveau d’eau d’environ 10 cm, dont le riz a besoin pour se développer normalement, de la semence à la récolte.

C'est également cette technique qui est utilisée par les riziculteurs du district Autonome de Yamoussoukro.

Installé dans des bas-fonds irrigués par des conduits de barrages mis en place pour les cultures intensives, les ouvriers de la filière rizicole offrent avec amour et dévouement tout leur savoir-faire avec les moyens qu'ils ont.

Parmi ceux-là, nous avons rencontré Koné Ladjéminkpé, un jeune d'une trentaine d'années qui s'est prêté à notre curiosité. Installé sur l'espace Ballakro, zone rizicole sur la route d'Attiégouakro, Ladjéminkpé nous expose ici son expérience de la culture du riz ainsi que des variétés de riz qu'il produit depuis 2010.

Son histoire avec la riziculture commence en janvier 2007, date à laquelle il s'installe à Yamoussoukro. A cette époque-là, il travaillait en tant que contractuel pour des personnes dans le domaine du riz. Progressivement, il comprend aisément tout le processus de production et le mécanisme de commercialisation de cette céréale tant demandée sur le marché local. Entre vents et marées, il acquiert de l'expérience et finit par obtenir une parcelle. Sur cette parcelle, il mène à son propre compte la culture du riz à Ballakro contribuant fièrement au projet d'objectif d'autosuffisance en riz initié par l'Etat de Côte d'Ivoire.Pour démarrer, nous dit-il, "il faut d'abord se procurer des semences de riz selon la qualité recherchée et les moyens à disposition ainsi que le bas-fond déjà préparé et bien irrigué. Ensuite, les grains sont éparpillés sur la surface prévue à cet effet. Après, nous passons avec le motoculteur pour retourner le bas-fond pour permettre aux semences de germer et pousser. Pour un investissement de 500.000FCFA à l'hectare, des semences de Jasmin, tous frais compris jusqu'à la production, la production s'élève de 6 à 7 tonnes/l'hectare. En attendant la production du riz, je fais un peu de légumes à côté (les abords de la riziculture) pour m'occuper et diversifier mon espace"

La riziculture irriguée est caractérisée par des exploitations plus ou moins modernes et intensives. La culture est pratiquée dans des bas-fonds aménagés avec une maîtrise totale ou partielle de l’eau. Les exploitations sont de un (1) à deux (2) hectares (ha). C’est le système le plus mécanisé avec l’utilisation de motoculteurs et intensifiée avec l’utilisation d’engrais et produits phyto sanitaire. Les rendements varient de 5 à 10 t/ha. La récolte de ce riz est commercialisée sur les marchés locaux et des clients venant des autres villes.

La riziculture irriguée occupe 13% des superficies et représente 15% de la production. Le seul problème qu'il relève est la location du motoculteur et de la batteuse qui reviennent respectivement à 90.000 et 50.000Frs/ha. Le riz produit par Ladjeminkpé est originellement parfumé. Quant aux qualités, le Jasmin, le CYD ou GT11 et Rolyce sont quelques variétés de prédilection de ses clients.

"Ici, nous dit-il, l'irrigation joue un rôle très important, elle varie selon les conditions de chaque implantation. Nous sommes servis par le lac qui n'est pas loin de nous. L'Etat l'a spécialement ouvert avec des installation pour les agriculteurs que nous sommes. L’eau du lac est retenue par des digues. Très souvent, nous ouvrons les vannes des canaux ou tunnels qui communiquent avec nos parcelles pour irriguer le sol en vue de l'ensemencement ou de l'entretien du riz."

Céréale susceptible d'être cultivée deux fois l'an, de la mise en terre à la récolte, le riz dure trois mois ou trois quinze jours selon les variétés. "Pour l'ensemencement, poursuit-il, j'utilise une laboureuse. A la récolte, nous dit-il, la technique consiste à couper en premier lieu les plants mûrs à l’aide de faucilles à 10 ou 15 cm au-dessus du sol. Nous faisons en sorte que les panicules ne touchent pas le sol pour éviter la moisissure, la salissure, la diminution ou la perte de l’arôme (parfum). Pour ce faire, on rassemble les tiges en bottes debout sur le champ ou couchés sur des bâches. Très souvent, on récolte le matin avant la grande chaleur du jour de 6 heures à 10 heures ou dans l’après midi 15 heures à 18 heures. Après cette étape, nous procédons au séchage.

La troisième étape consiste à passer le riz à la batteuse. La batteuse détache les gerbes des grains de riz paddy.

A ce stade, nous utilisons la batteuse professionnelle pour éviter d’avoir des grains brisés au décorticage. Une bâche est préalablement poser sur le sol et sous la batteuse afin d'éviter les pertes et la présence des corps étrangers dans le riz. La paille qui ressort de la machine est utilisée pour faire de l'engrais (du compost), soit étalée sur le champ en vue de son enfouissement lors du labour suivant.

Quatrièmement, nous procédons au vannage toujours sur la bâche afin d’éliminer les corps étrangers tels que la paille, les semences de mauvaises herbes, les feuilles, les balles vides, les bois, les pierres. Le vannage permet à la fin, de n’avoir que des grains de riz.

Une fois vanné, le riz paddy est à nouveau séché à l’ombre pendant 2 à 3 jours, juste après vannage. Le vannage peut se faire encore après le séchage. Lors du séchage, nous brassons le riz en y passant la main de temps en temps. En fait, le séchage au soleil très ardent n’est pas conseillé car il endommage les grains; ce qui réduit le rendement en grains entiers du riz usiné. Au cours du séchage, on prend toutes les mesures pour empêcher que les grains séchés soient mouillés par la pluie. Après ce séchage complémentaire, le riz paddy est conditionné dans des sacs de jute bien propres. Les sacs sont ensuite stockés au magasin aménagé du moulin qui est en ville. Et enfin le riz est décortiqué au moulin. Voici en tout comment nous travaillons ici à Ballakro."

C'est par ce travail quotidien qu'il mène depuis plus de dix ans, que cet agriculteur nourrit son épouse et ces cinq enfants. Il espère avoir beaucoup plus de moyens pour agrandir sa parcelle et s'équiper véritablement en vue d'un meilleur rendement et d'une meilleure prise en charge. Il remercie au passage les initiateurs de ce projets d'aménagement des bas-fonds en faveur des bras valides, moteur du développement de la filière rizicole.

Petanlan.

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