Marcelle Obrou (FPI France): "Tout le monde a voulu nous enterrer. Nous sommes debout et sereins"

Patrick_Russel

Pour Marcelle Obrou, le retour triomphal du président Laurent Gbagbo est une grande victoire (crédit photos : Marcelle Obrou)

Fraîchement débarquée à Toulouse, en 1986, en provenance de sa Côte d'Ivoire natale, Marcelle Obrou s'est laissée séduire par les idéologies souverainistes et socialistes du camarade Gbagbo dans la clandestinité. Elle fait donc ses premiers pas au MIDD (Mouvement Ivoirien des Droits Démocratiques). Marcelle Obrou intégre le combat jusqu'à l'avènement du multipartisme en 1990. Le FPI devenu légal, la militante s'engage sans hésiter. Depuis, elle a collaboré avec plusieurs représentations du FPI dans l'Hexagone jusqu'à celle dirigée par la camarade Georgette Nékalo qu'elle seconde brillamment. Que de chemins parcourus !

Dans l'entretien qu'elle nous a accordée, la Secrétaire Générale Adjointe du FPI France-Métropolitaine parle des grands moments de mobilisation de la diaspora ivoirienne et africaine dans la lutte pour l'innocence de son leader, déporté à la Haye. Elle ne manque pas aussi de se prononcer sur les sujets chauds du moment : retour de Laurent Gbagbo, récriminations du groupe de victimes dirigé par IssiakaDiaby, réconciliation nationale...


Bonjour Mme. Si l'on vous demandais comment se porte le Front Populaire Ivoirien en France. Que répondriez-vous?

Marcelle Obrou : Je dirais simplement que le Front Populaire Ivoirien se porte très bien en France. Nous en avons pour preuve, la symbiose entre la Représentation et les sections. Mais aussi, en tenant compte de notre collaboration avec les Patriotes et la Résistance. La Représentation dirigée par la camarade Georgette Nékalo s'attèle aussi à la création de nouvelles sections ou au renouvellement de celles déjà existantes. Il faut dire que la crise de la Covid nous a un peu freinés dans notre élan. Nous avons déjà 8 sections et la marche reprendra bientôt pour l'installation de nouvelles sections.

Et quelles sont les activités marquantes que vous avez pu mener jusque-là; surtout depuis la chute du président Laurent Gbagbo du pouvoir ?

Marcelle Obrou : Les activités marquantes, c'est d'abord la mobilisation massive avec toute la Résistance ivoirienne et panafricaine qui a abouti au triomphe de la vérité à la CPI. Mais, c'est aussi les rencontres de travail avec les parlementaires français et dernièrement les associations des afro-descendants pour discuter de l'ensemble des questions sur la souveraineté réelle. Sans oublier les participations aux manifestations en France, à la Haye, sur les médias et aux différentes fêtes de l'Humanité du parti communiste français (PCF) en septembre. Tout ceci, dans un soucis de faire comprendre au monde, les problèmes post coloniaux qui minent nos indépendances et notre autonomie politique et économique.

Parlant justement du Parti Communiste Français (PCF). Quel est l'état de vos rapports aujourd'hui avec la Gauche française dans sa globalité? Et quels sont vos alliés aujourd'hui, après les propos de l'ex président Socialiste français, François Hollande, qui a traité le président Laurent Gbagbo d'infréquentable pendant la crise ?

Marcelle Obrou : Globalement, nous avons de très bons rapports avec les partis de Gauche. Mais plus précisément avec le parti communiste français (PCF) et La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon avec lesquels nous avons de très bons rapports. Dernièrement, lors de la célébration de la Fête de la Liberté que la Représentation FPI France-Métropolitaine a organisée, David Allaert du PCF est venu et a fait une très belle intervention. Il nous a encouragé à persévérer dans le combat... On peut citer aussi Jean-Paul Lecoq grâce à qui nous avons porté la voix du FPI à l'assemblée nationale française. Et par conséquent, celle du Président Laurent GBAGBO.

Donc, nous avons des échanges permanents avec les différents partis de Gauche français...

... C'est bon à prendre ?

Marcelle Obrou : Oui. Mais, non seulement ça, nous avons également des échanges avec des personnalités de la Droite. Et même, des personnes proches de monsieur Macron. Dans la continuité de propager la lutte pour la souveraineté entamée par le président Laurent Gbagbo. Nous continuons donc de parler avec les gens; de leur expliquer les idées et les objectifs du Front Populaire Ivoirien. Question de leur faire comprendre que nous ne sommes pas un parti fanfaron, violent, qui prône la guerre tout ça ! Non! Nous sommes un parti socialiste qui a des idées sociales-démocrates. Voilà ! Et nous travaillons avec toutes les forces d'où qu'elles viennent.

Les militants du FPI accompagnés de nombreux autres ivoiriens et africains ont pendant plusieurs années battu le pavé, tant en France qu'à la Haye. Quels sont les sentiments que vous avez éprouvés au soir du jugement définitif rendu par les juges de la Chambre d'appel de la CPI acquittant votre leader ?

Marcelle Obrou : Le 31 mars au moment de la décision de l'acquittement définitif du Président Laurent Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé, c'était à la fois un sentiment de soulagement et de joie. La pression de toutes ces années de lutte retombait. Enfin, la vérité pour laquelle nous nous sommes battus venait de triompher. J'y croyais personnellement parce que je savais que nos illustres héros avaient été accusés à tort. Cependant, j'avais une petite crainte que la Chambre d'appel de la CPI ne dise pas le droit vu la façon dont le procès s'était déroulé jusque là. Et, quand la décision d'acquittement définitif à été prononcé, ça a été la délivrance totale.

L'actualité au pays, c'est le retour imminent du président Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé après leur acquittement total par la CPI. Comment préparez-vous cet événement ?

Marcelle Obrou : Sur le plan national, un comité d'accueil a été mis en place et le parti n'est pas en reste pour le retour triomphal de notre leader charismatique. Et bien entendu, la représentation FPI France-Métropolitaine joue sa partition dans la mobilisation des patriotes, de la Résistance panafricaine pour donner à cet accueil une dimension spéciale. Évidemment, nous sommes en train de mobiliser toutes les forces d'où qu'elles viennent pour accompagner le chef.


"Nous attendons le président Laurent Gbagbo pour rentrer"


Combien de militants ou de personnes se sont-ils déjà manifestés à vous dans leur désir d'accompagner "le chef" comme vous le dites ?

Marcelle Obrou : Je ne peux pas vous donner le nombre exact de personnes qui nous abordent pour savoir comment nous nous préparons, la date et tout. Ces personnes sont nombreuses. Elles viennent de partout. Des Ivoiriens, des africains et même des européens. Ce qui est certain, tout le monde est enthousiaste et voudrait faire partie du convoi qui accompagnera le président Laurent Gbagbo après cette belle victoire.

On le sait, plusieurs responsables du FPI sont encore en exil. Il y a quelques jours, le ministre Justin Koné Katinan, Damana Pickass, Véhi Tokpa, Jeannette Koudou, la soeur cadette du président Laurent Gbagbo, entre autres, sont rentrés du Ghana. Quand pourrait-on revoir au pays la ministre Clotilde Ohouochi, Boga Sako Gervais...?

Marcelle Obrou : Le fait que le Ministre Justin Koné Katinan, le Vice-président Damana Pickass et tous les autres soient rentrés d'exil est une bonne chose. C'est un signe fort et nous espérons que le gouvernement continuera de prendre des dispositions afin que tous les exilés dont la Ministre Clotilde Ohouochi Yapi et le Dr Boga Sako Gervais rentrent à leur tour, en toute sécurité.

Être en exil n'est jamais chose aisée. Et Dieu sait combien chacun a envie d'être chez soi. Même si certains restent encore dubitatifs, d'autres attendent d'être rassurés sur le retour effectif du Président Laurent Gbagbo pour lui emboîter le pas et rentrer au pays. Donc, la balle est dans le camp du gouvernement.

Le président Alassane Ouattara a décidé le mois dernier, en marge d'un Conseil des ministres, de prendre en charge tous les frais de voyage du président Laurent Gbagbo. Un commentaire ?

Marcelle Obrou : Il ne pouvait en être autrement. Puisque c'est le Président Alassane Ouattara qui avait donné l'ordre d'affrêter un avion pour déporter le Président Laurent Gbagbo à la Cour Pénale Internationale (CPI) de la Haye. Maintenant que l'innocence de l'accusé a été prouvée, et qu'il est acquitté et blanchi, c'est tout à fait normal que ce soit le même Président Alassane Ouattara qui prenne les dispositions nécessaires pour son retour sécurisé. Et puis, Laurent Gbagbo, de par sa qualité d'ancien Président de la République, mérite bien toutes ces prérogatives. Ça fait partie des privilèges auxquelles il a droit pour avoir occupé cette haute fonction auparavant.

On se souvient aussi que le Président Laurent Gbagbo, il y a quelques années, avait fait la même chose pour Alassane Ouattara alors ancien Premier Ministre en exil. Il est donc temps que le pouvoir actuel en fasse autant.

Avec le retour annoncé du président Laurent Gbagbo, les plus hauts responsables de votre parti et même de l'opposition affirment que c'est la réconciliation nationale qui s'en trouvera boostée...

Marcelle Obrou : ... Évidemment que c'est le Président Laurent Ggbagbo, le chaînon manquant de cette réconciliation. Qu'on le veuille ou non, nombreux sont ceux qui se reconnaissent en lui. Donc, sa présence est plus que jamais nécessaire pour rendre effective cette réconciliation et remettre le pays sur les rails de la reconstruction. De cette manière, les ivoiriens qui vivent côte à côte depuis septembre 2002 recommenceront à vivre ensemble dans un environnement assaini.

Et quelles leçons politiques tirez-vous de la crise survenue au pays?

Marcelle Obrou : La crise est venue d'une rébellion et nous avons vus ceux qui étaient derrière. Maintenant, ce que nous pouvons demander aux uns et aux autres, c'est de comprendre que l'Afrique ne sera démocratique que si l'on accepte de laisser celui qui est au pouvoir dérouler son programme de gouvernement et son projet de société à partir desquels il a été élu. Sans toutefois succomber aux désirs de déstabilisation de nos pays par l'Occident. Il faut que tout cela s'arrête ! Si on veut vraiment démocratiser l'Afrique, il nous faut comprendre que c'est en travaillant ensemble, main dans la main, même en étant d'obédience politique différente, qu'on pourra sortir notre continent de l'ornière.

L'Afrique a d'énormes potentialités, des capacités d'aller de l'avant et de devenir un continent hyper industrialisé. Pourvu qu'on le veuille véritablement en tournant le dos aux miettes qu'on tend à certains d'entre nous pour déstabiliser leur propre pays. Que les africains arrêtent d'arriver au pouvoir par la facilité. Qu'ils arrêtent de créer des rébellions qui déchirent leur propre pays et leur continent.

Voilà ce que nous tirons comme leçons de la crise survenue en Côte d'Ivoire.


"Issiaka Diaby se ridiculise en défendant un seul camp de victimes de la crise"


Quels commentaires faites-vous des manifestations de colère de victimes de la crise menées par M. Issiaka Diaby?

Marcelle Obrou : C'est une comédie orchestrée par les ennemis de la paix et de la réconciliation en Côte d'Ivoire. C'est malheureux de prétendre être le président des victimes de la crise et de défendre un seul camp. M. Issiaka Diaby est tout simplement clanique et ridicule. J'estime qu'un président des victimes d'une crise nationale devait être de la société civile et défendre toutes les victimes quelque soit le camp auquel elles appartiennent. Si M. Issiaka Diaby se préoccupe vraiment des victimes, il faut qu'il sache que dans toutes les familles ivoiriennes, il y a eu au moins un mort, un blessé grave, un disparu, etc... Au nom de qui s'agite-il de la sorte en défendant un seul camp ?

Certains militants du RHDP vous reprochent justement au FPI de ne pas avoir le triomphe modeste. Que répondez-vous ? 

Marcelle Obrou: Je suis surprise par cette réaction. Comment peut-on demander à des personnes qui viennent de loin d'avoir le triomphe modeste ! Ce n'est pas possible ! Nous venons de très loin. Tout ce qui avait été manigancé a été dévoilé au yeux du monde entier par notre mobilisation, nos manifestations et marches. On revient de loin et on a gagné ! Et au vu de cette belle victoire, je crois qu'on n'a pas à nous demander d'avoir le triomphe modeste.

Tout le monde voulait nous enterrer. Et nous y avons crû jusqu'au bout ! Nous sommes restés sereins et debout. Nous avons avons fait confiance à la Justice. Et enfin, la Chambre d'appel de la CPI a dit le Droit. Alors, nous devions laisser éclater notre joie. C'est ce que nous avons bien fait. Elle est tellement belle cette victoire qu'on la célébrer comme elle est venue à nous. La joie est à la hauteur du triomphe tout simplement ! Voilà !

Pour finir, quel est l'état de ccollaboration entre vous et l'autre branche du FPI, proche d'Affi N'Guessan ?

Marcelle Obrou : Nous vous signalons qu'il n'y a pas deux FPI, il y en a un seul. Affi Nguessan a été radié du FPI mais la porte ne lui est pas totalement fermée. La preuve, le coordonnateur du retour du Président Laurent GBAGBO, le Ministre Léon Emmanuel Monnet, l'a rencontré pour qu'il prenne une part active dans l'organisation du retour triomphal du président Laurent Gbagbo.

Entretien réalisé par

Patrick Russel

Patrick_Russel contact@operanewshub.com