Artistes ivoiriens, la nouvelle génération préfère l'argent facile au travail ?

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Les propos tonitruants de Debordo Leekunfa qui ont animé les réseaux sociaux, depuis le 8 octobre, ouvrent la brèche sur un vieux débat. Des artistes ivoiriens ont déjà déclaré (par le passé) ne pas comprendre que la musique étrangère soit plus diffusée dans les médias locaux. Quand ils ne s'offusquent pas de l'accueil triomphal que leur réserve le public, à leur détriment. S'il est vrai que nul n'est prophète en son pays, il est vrai aussi que certains de nos artistes ne "forcent pas". 

Le public n'est pas dupe. Si une catégorie d'Ivoiriens aiment la musique Coupé-décalé, il est illusoire de croire qu'une belle voix suffit pour devenir un excellent chanteur, adulé dans tous les pays. Ou bien, qu'un bon danseur peut forcément devenir un excellent chanteur. Il faut forcément du travail en amont, des heures de répétition, travailler des vocalises. Surtout proposer des textes sensés, des mélodies, une bonne rythmique, etc.

(Un concert live requiert beaucoup de maîtrise et de professionnalisme)

Pour affiner leur talent, certains de nos artistes peuvent s'inscrire par exemple à l'Institut national supérieur des arts et de l'action culturelle (Insaac), pour y prendre des cours de musique. C'est possible. Il n'y a aucune honte à apprendre. En Europe, notamment en France, cela existe avec le Conservatoire national supérieur de musique et de danse (Cnsmd) où de grands artistes se sont formés. Il est vrai que cette école est sélective mais il existe aussi des conservatoires régionaux, départementaux ou intercommunaux. 

À défaut, on peut intégrer une bonne chorale. Pourquoi pas !! C'est d'ailleurs l'un des meilleurs creuset de formation au chant, pratiqué dans les conditions du live. Le live étant le passage obligé de tout artiste professionnel qui rêve des grandes scènes internationales. Même s'ils n'ont pas fait de chorale, ce ne sont pas Alpha Blondy, Tiken Jah Fakoly, Magic System, Dobé Gnaoré (formée au Village Ki-Yi)... qui diront le contraire, eux qui ont cravaché au début avant de tutoyer aujourd'hui les scènes des festivals dans le monde.

Les musiciens congolais qui ont dominé et colonisé musicalement l'Afrique pendant des décennies avec leurs sonorités authentiques ont émergé grâce au travail, l'apprentissage dans des orchestres. Les grands chanteurs qui évoluent en solo y ont été formés pour la plupart. Pareil pour les Nigérians et les Ghanéens, à l'époque. La donne a évolué avec l'intégration d'autres rythmes par la nouvelle génération. Et c'est tout cela, la créativité. Mais l'esprit reste le même, avec l'apprentissage continuel. Ils se forment et créent des mélodies plaisantes. 

(Fally Ipupa, lors des obsèques du Premier Ministre Hamed Bakayoko, le 17 mars 2020 au stade d'Ébimpé)

Aussi, peu d'artistes ivoiriens savent chanter dans d'autres langues que le français. Certes, dans tout cela il faut parfois un petit coup de chance. Mais à la base, tout part du travail. Comme un certain Fally Ipupa qui a gravi les échelons. De danseur à chef d'orchestre en passant par l'animation, au sein du mythique Quartier Latin de Koffi Olomidé. 

À force de témérité et d'abnégation, Arafat avait pratiquement réussi à donner une dimension internationale au Coupé-décalé. Peut-être en raison de son charisme et de son aura aussi. Mais à la réalité, ce mec était un grand bosseur. Un bon instrumentiste (batteur) doublé d'un chanteur talentueux. Son morceau à la mémoire de l'ex-deejay Jonathan démontre aussi qu'il savait y faire, en terme de mélodie. 

(Magic System, initiateur du FEMUA, reste l'un des plus beaux fleurons de la musique ivoirienne d'inspiration urbaine)

Il y a en Côte d'Ivoire de vraies pépites, des talents qui peuvent très bien émerger et prendre la relève des grands artistes qui ont fait la fierté de la musique ivoirienne. Un excellent musicien et arrangeur tel que David Tayorault, le sait bien. Mais le manque de politesse ou l'ingratitude des jeunes découragent parfois les aînés. Que sera la musique ivoirienne après la génération dorée des Alpha Blondy, Meiway, Aïcha Koné, Chantal Taïba, Yodé & Siro...pour ne citer que ceux-là ? 

Si partout on affirme que la Côte d'Ivoire est l'un des plus importants pôles culturels de l'Afrique francophone, c'est parce que ce pays a révélé de grands noms de la scène musicale en Afrique. Le succès international de plusieurs d'entre eux est parti d'Abidjan où certains ont même vécu, entre les années 60 et 90 : Manu Dibango, Salif Kéita, Mory Kanté, Boncana Maïga, Sam Mangwana, Wèrèwèrè Liking... L'identité de "plaque tournante" de la musique africaine s'explique aussi par le fait que la carrière de certaines sommités, notamment d'Afrique centrale a pris son envol après des concerts à Abidjan, tels que Pépé Kallé, Tabu Ley Rochereau, Sam Fan Thomas, Franco, Papa Wemba, Koffi Olomidé, Kanda Bongo Man, Tshala Muana... 

D'ailleurs, c'est dans ce contexte qui a fouetté l'orgueil de certains de nos chanteurs qu'est apparu un certain Ernesto Djédjé, avec le Ziglibity. Une identité musicale propre qui a conquis le public dans les années 70-80. Comme quoi, nous avons une foison de rythmes qu'il suffit de dépoussiérer en puisant dans notre riche patrimoine culturel. D'ailleurs la pop, le blues et autres rythmes qui ont révélé des stars aux États-Unis sont des sonorités parties de l'Afrique avec la déportation de nos ancêtres en occident. Le King of pop, Michael Jackson ne dirait pas le contraire. En Côte d'Ivoire, nous avons la matière pour créer des pièces musicales d'anthologie. Travaillons. À cœur vaillant, rien d'impossible Tanguy Séry Digbeu, alias Debordo Leekunfa.

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