Fany Karim (Maire d’Issia) : "Je suis déterminé à améliorer les conditions de vie des populations de ma commune"

Sebastien_Levry

De passage à Issia, cette ville du rocher aujourd’hui enclavée, nous avons rencontré le Maire Fany Karim qui a pratiquement fait ‘’la chirurgie’’ de sa commune, sans faux-fuyant. Nous sommes le dimanche 16 mai 2021. Entretien.

Bonjour Monsieur le Maire. Depuis votre installation à la tête de la mairie d’Issia jusqu’à ce jour, comment vont les choses ?

Les choses se déroulent bien. Nous sommes une modeste commune vous le savez. Les besoins étant plus importants que les modestes moyens dont nous disposons, nous essayons de parer aux plus urgents.

De façon concrète, qu’avez-vous posé comme actions dans la commune d’Issia pendant cette moitié de votre mandat?

Bon, le plus urgent pour la population d’une commune de l’intérieur de la Côte d’Ivoire, je pense que ce sont l’électrification, l’eau potable, la voirie, la salubrité, les infrastructures sanitaires. C’est véritablement à ces chantiers-là que nous nous attaquons chaque jour. Pour donner un peu plus de détails, en ce qui concerne la voirie, nous sommes tranquilles. Nous avons acheté des engins qui sont garés dans nos locaux que vous pouvez voir. Quand il y a un souci quelque part, nous envoyons les engins pour redresser les voies pour le bonheur des populations.

Quant au domaine de la santé, les mairies n’ont vraiment pas de responsabilité au niveau des hôpitaux généraux. Dans le cadre des transferts de compétences depuis 2003, nous nous occupons des centres de santé communautaires. Nous avons commencé la construction d’un centre de santé depuis 2019 au quartier Gbazia, en ville ici. Il est achevé, mais nous avons voulu qu’il soit un centre de santé de référence, bien qu’il ne soit pas aussi grand que ça. Nous sommes en train de construire un laboratoire à l’intérieur qui sera achevé très bientôt. Et ensuite nous passerons à l’équipement avant de le mettre à la disposition de la population.

Toujours dans le domaine de la santé, l’hôpital général d’Issia n’a pas d’appareil de radiographie. Et cela dure depuis plus d’un an et demi. Pour une simple question de foulure ou d’entorse, les patients sont obligés de se rendre à Daloa. Pour cela, j’ai pu personnellement contacter le Ministre de la santé pour lui demander de se pencher sur cette situation ; mais également un deuxième bloc opératoire à l’hôpital général.

Le seul bloc dont l’hôpital est doté sert à la fois de chirurgie générale et de chirurgie obstétrique. J’ai alors négocié pour que l’hôpital général puisse être doté d’un deuxième bloc opératoire pour éviter non seulement de faire attendre les patients, mais des cas dramatiques. Si par exemple une femme en travail arrive et qu’elle doit subir une césarienne les minutes qui suivent, alors qu’il y a déjà un malade sur le bloc, vous voyez ce que ça fait ? Pendant combien de temps pourrait-elle attendre ? Comme l’hôpital général ne relève pas des actions budgétaires de la mairie, nous avons écrit à l’Etat de Côte d’Ivoire, et nous avons de belles promesses.

Je pense que c’est pour très bientôt. En ce qui concerne l’électrification, nous avons cette année un projet qui va de cent à trois cents millions de nos francs. Le projet est en train d’être monté en ce moment et plusieurs entreprises compétentes en la matière sont déjà venues faire des études sur les quartiers visés. Aujourd’hui, plusieurs jeunes gens qui se débrouillent dans quelques petites activités ont pu se construire de grosses villas dans les quartiers annexes ! Issia s’est étendue aujourd’hui de façon exponentielle à l’extérieur de la ville.

Les gens ont construit des quartiers sur plusieurs hectares qui ont nécessairement besoin d’électricité pour qu’une vie normale puisse s’y mener. Et donc au vu de cela, nous avons cette année un projet d’électrification pour satisfaire toute la population d’Issia. Notre budget vient d’être approuvé par l’Etat de Côte d’Ivoire. Au niveau de l’hydraulique, Issia a un gros problème. Mais l’Etat est en train de trouver une solution à ça. Notre unité de production d’eau potable est vraiment désuète. Depuis 2020, l’Etat a commencé à financer la mise en place d’une nouvelle unité de traitement d’eau à Dobia.

Et donc tout est pratiquement achevé. La semaine dernière, j’étais en contact avec les responsables de l’ONEP qui m’ont promis que les semaines à venir cette nouvelle unité devrait pouvoir être mise en marche. Elle va servir non seulement la ville d’Issia, mais les villages de Goda, Pézohoan, et Dépa. Et donc nous, au niveau de la mairie, nous avons commencé à faire des extensions d’eau dans les quartiers périphériques où les installations de la Sodeci ne sont pas encore arrivées.

L’Etat de Côte d’Ivoire vient de nous octroyer mille compteurs à abonnement social que nous avons programmés sur huit quartiers à raison de 125 foyers à connecter par quartier. Et les demandeurs se sont déjà fait enregistrer. Mais nous attendons que la nouvelle unité de production d’eau soit en marche pour que les branchements de ces nouveaux demandeurs puissent se faire.

En dehors de tout ça, n’y a-t-il pas d’autres difficultés auxquelles font face vos administrés ?

En dehors de ça, nos communes ont d’autres petits problèmes qu’on peut régler comme je le disais tantôt. Nous avons des problèmes qui ne peuvent être résolus qu’avec de l’argent. Par contre, il y en a plusieurs aujourd’hui dans nos communes que nous pouvons régler ensemble sans argent. Il s’agit par exemple de l’assainissement de notre cadre de vie. Tenir notre environnement vivable, agréable, ça n’a pas forcément besoin d’argent !

Dans ce cadre, le conseil municipal et moi-même avons entrepris des actions. Une grosse action coercitive commence dès le lundi. A Issia, nous avons des multitudes de parcs, d’enclos où les gens parquent des bœufs la nuit ; et le matin, ils ressortent pour aller pâturer en brousse. Ils reviennent à la maison avec tout son corolaire de problèmes. Ils prennent des chaussées toutes entières, créant des accidents, avec des défécations de bœufs dans les rues et dans les cours qui sont traversées. Souvent, ce sont des biens, tels que des marchandises des femmes, soient de la banane ou le manioc qu’elles entassent dans un endroit en attendant de les évacuer sur le marché, qui sont carrément détruits. Nous avons fait l’acquisition d’un parc à bétail à quelques trois kilomètres de la ville, en bordure de voie, que nous avons mis à la disposition des bouviers. Donc dès ce lundi matin, une des deux machines sortira pour détruire la totalité de tout ce qu’il y a comme enclos dans la ville abritant du bétail. Ça, c’est de l’assainissement.

Vous savez, Issia est une zone fortement agricole. Toutes les grandes matières premières de la Côte d’Ivoire sont produites ici dont le café, le cacao, l’hévéa, le palmier à huile, l’anacarde, etc. Nous avons tout ça ici. Du coup, il y a beaucoup d’activités de transport de marchandises et de produits agricoles qui font que les soirs vous verrez plusieurs camions garés un peu partout empiétant sur la moitié de la chaussée avec les risques que cela comporte pour les motocyclistes et les automobilistes. Combien de fois la presse ne nous a pas informés des accidents parfois graves provoqués par ces camions ?

Nous avons alors ouvert une gare spécialement pour les camions remorques. Ils ont été sensibilisés et je les ai reçus à mon bureau. Une visite de la gare s’est faite et je pense que d’ici la fin de ce mois de mai tous les camions remorques devront en principe garer là-bas. Et le stationnement sera interdit sur le périmètre urbain en dehors de cette nouvelle gare qui leur est dédiée. Ces genres de problèmes, nous pouvons les résoudre sans argent pourvu que les uns et les autres soient disciplinés. Voici un peu de façon ramassée ce que je pouvais vous dire en réponse à votre question.

Issia connaît une difficulté assez particulière. Les deux principales routes, venant de Daloa et de Guibéroua, sont dégradées à environ 98 %. C’est la peur au ventre qu’on vient aujourd’hui à Issia. Que faites-vous, Monsieur le Maire, pour mettre fin à ce calvaire ?

Effectivement ! Mais là, vous n’avez pas tout dit ! Quand vous prenez les axes Issia-Sinfra, Issia-Guessabo, ce sont également de grosses difficultés. Nous sommes littéralement enclavés ! Mais je voudrais vous rassurer que tout est parti pour être résolu. Je vous informe que le gouvernement a déjà attribué le projet de reprise à zéro des voies Gagnoa-Issia, Issia-Guessabo à une entreprise. Et les travaux démarrent très bientôt. Tout sera fait comme la voie Gagnoa jusqu’à l’autoroute. Mais également la voie Daloa-Issia connaîtra des réparations. Je crois qu’actuellement où nous échangeons, il y a celle de Sinfra-Saïoua qui est déjà finie à 98 %. C’est vrai que chaque jour passé sur des voies difficiles, chaque jour passé sans eau, sans électricité est une éternité de souffrances, nous le savons. Mais très bientôt, ce sera résolu.

A tout ce que vous avez dit, si vous avez quelque chose à ajouter

D’abord vous dire merci d’être venu à nous depuis Abidjan pour nous ouvrir cette lucarne afin de donner écho des nouvelles de chez nous, mon conseil municipal, la population d’Issia et moi-même. Issia se porte bien. A travers votre plume, je voudrais remercier la population d’Issia, tous les contributeurs. Parce que ce que nous faisons ici, pour la plupart, ça se fait avec des taxes prélevées sur place sur de petits ouvriers, des commerçantes, etc. Tout ce beau monde qui nous accompagne chaque jour en payant un ticket de 100 francs, de 1000 francs ou une carte de 2000 francs le mois : commerçants, transporteurs, artisans. Nous venons de finir le mois de jeûne musulman et beaucoup de prières ont été dites. Que ces prières nous apportent beaucoup de grâces et surtout la paix. Non seulement à Issia, mais dans toute la Côte d’Ivoire et dans le monde entier. Que tous sachent que je suis très déterminé pour l’amélioration des conditions de vie des populations de ma commune. Merci encore une fois au gouvernement de joindre l’acte à la parole. Je vous remercie.   

Entretien réalisé par MORRYS OUAYOU

 

 

 

 

 

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