Témoignage / La polygamie a détruit ma vie : je continue de payer ses conséquences

SDN-nour

Pour une raison ou une autre, certains hommes adorent avoir plusieurs épouses et ce ne sont pas les arguments qui manquent pour justifier leur choix. Après ce que la polygamie a fait de ma vie, je ne souhaite à un aucun enfant de vivre dans un foyer polygame. Voici mon histoire.

Je m’appelle Ibrahim, j’ai vécu une situation que je désire partager avec vous chers lecteurs qui, je pense doit servir de leçon aux hommes qui désirent prendre plusieurs épouses. Je suis née dans un village du nord de la Cote d’Ivoire. Depuis tout petit, l’agriculture était l’activité principale de mon père. D’après lui, il avait épousé ma mère très jeune et que son choix c’était porté sur elle a cause son courage, sa soumission et surtout sa cuisine. Ma maman est en effet le genre de femme qui a vraiment reçue une éducation. Elle n’avait jamais de problème avec qui que ce soit et ne donnait jamais son avis sans avoir pesé le pour et le contre. Elle était très sage et respectueuse.

Ma mère avait trois (3) enfants, deux filles et moi et j’étais l’aîné. Tout se passait bien, nous avions une petite maison au village. Papa travaillait dur au champ car il disait toujours que ses enfants ne devraient pas vivre ce qu’il a vécu dans son enfance. Il travaillait beaucoup pour ne pas que nous manquions de quelque chose. C’était vraiment le bonheur total. Nous retrouvions papa et maman au champ quand mes sœurs et moi ne partions pas à l’école. Je les admirais tant la complicité était grande entre mon père et ma mère. Ils étaient mari et femme en même temps ami et confident. Au village, c’était un couple model, tout le monde les prenait en exemple.

Les récoltes n’étaient pas abondantes mais elles nous suffisaient pour vivre et même papa en vendait pour gérer certaines charges. Que demander de plus au Dieu tout puissant quand dans la famille est réunie, quand papa est là tous les soirs, vous couvre de son amour, quand vous bénéficiez des conseils de votre maman et sa complicité quand vous êtes mêlez a de petites histoires. C’était vraiment le bonheur. Notre famille était merveilleuse. Les enfants de mon âge n’avaient de terrain de jeux que notre humble cours. Ils pouvaient jouer, crier, sauter et personne ne leur diraient d’arrêter ou les chasser tant mes parents étaient compréhensibles et aimaient les enfants. A l’école tout allait bien. Je comprenais facilement les leçons du maître, il m’aimait beaucoup car pour lui j’étais destiné à un bel avenir. Le maître m’appelait monsieur le ministre car il disait que j’étais tellement brillant qu’un jour je serai nommé ministre. Je n’accordais vraiment pas d’importance à ses dires car à mon jeune âge, je ne voyais ni l’importance, ni l’honneur d’être ministre. Ce qui m’importait le plus, c’était de jouer avec mes amis quand nous n’avions pas école, parcourir les champs avec nos lance-pierres à la chasse des oiseaux ou à la recherche de fruits de notre région.

Un jour alors que nous faisions la chasse aux souris, j’avais été mordu par un serpent parce que j’avais voulu dégager le sable qui couvrait le trou que mon ami creusait. Je ne pouvais pas imaginer que le propriétaire des lieux n’était pas une souris mais plutôt un serpent. J’avais très mal mais, par chance, le village n’était pas loin de là où nous chassions les souris. J’avais couru jusqu’au village tenant bien ma main serrée avec une corde de liane. C’est mon père qui m’avait donné ce secret, bien serré le bras pour éviter au venin de circuler rapidement dans le sang. Mon grand-père était au village et il avait simplement marmonné des paroles et mis une poudre noire là où le serpent m’avait piqué pour que la douleur disparaisse. Mes amis avaient pu tuer le reptile et quand ils l’avaient présenté à mon grand-père, il a dit que ce n’était pas un dangereux serpent et qu’il fallait désormais faire très attention. Quand mon père rentra le soir, maman lui avait raconté notre mésaventure. Il s’est assuré que tout allait bien et nous a fait les mêmes recommandations que mon grand-père.

Un matin alors que nous n’allions pas au champ, le village était animé par l’arrivée d’un monsieur. Par son allure, on pouvait aisément deviner qu’il ne vivait pas au village. Il avait une grosse voiture de belles chaussures et des vêtements qui n’avaient rien à voir avec ceux que nous portions au village. Mes amis et moi étions émerveillés par son gros véhicule car il faut reconnaître que voir un véhicule dans notre village, cela n’arrivait pas tous les jours. Tout le monde riait quand l’étranger arrivé de la ville essayait de parler notre dialecte. Il était maladroit dans la prononciation des mots et son langage était décousu. C’était un fils de la cours voisine. Il y avait comme une fête dans cette maison. Les villageois accouraient de partout. Certains venaient pour voir la voiture, la toucher et d’autres s’étaient pour avoir des nouvelles de leurs enfants qui étudiaient à la ville et qui étaient sous la charge de ce monsieur.

La nuit, autour de 20 heures alors que papa nous racontait des histoires autour d’un feu, j’étais surpris de voir l’étranger arriver dans notre agglomération. Je sautai des pieds de mon père. J’étais vraiment étonné que ce monsieur très élégant venait chez nous. Papa et maman avaient remarqués que j’étais surpris de le voir chez et ils se moquaient de moi : <<tu as vu un monstre ou quoi !>> s’exclamaient mes parents. Le monsieur me tâtonna la joue et dit << ah Ibrahim ! que tu as grandi ! tu es devenu un homme, que le temps passe vite !>>. J’étais étonné que ce monsieur me connaisse. Ma mère lui avait présenté un tabouret comme place et de l’eau comme il était de coutume chez nous. Je ne comprenais pas mon papa, je le trouvais tranquille, de petits sourires et c’était tout. Il n’avait pas l’air étonné de le voir débarquer chez nous. Je traînais entre les jambes de l’étranger comme pour montrer à mes amis que nous étions une famille importante, que j’avais un oncle qui vivait à la ville.

Après les salutations d’usage, mon père et Amidou, c’était son nom plongèrent dans de longues conversations. Ils se rappelèrent leurs moments d’enfance. Je compris alors qu’ils se connaissaient depuis l’enfance et qu’ils étaient de très bons amis. Je compris donc l’indifférence de mon père tout à l’heure. Tonton Amidou avait expliqué à papa qu’il venait construire une maison en dure pour son papa car la case ou il habitait n’allait peut-être pas résister à la saison des pluies qui s’annonçait dans les jours à venir. Mon papa lui avait répondu que c’était vraiment reconnaissant de sa part et il recevrait beaucoup de bénédictions de la part de ses géniteurs. Ma mère avait renchéri pour le féliciter de son action et lui avait fait des bénédictions à son tour. Pour rire, ma mère lui avait dit de prier pour qu’ils puissent un jour offrir une belle et grande maison aussi à leurs parents. Tonton Amidou avait répondu par l’affirmatif. Il avait dit que rien n’était impossible dans la vie, seulement qu’il fallait souvent savoir oser dans la vie. La richesse ne vient pas à l’homme mais c’est plutôt l’homme qui va vers la richesse selon lui.

Tonton Amidou avait fait comprendre à papa qu’il devrait venir en ville. Que mon papa était un brave et intelligent homme qui avait tout pour réussir à la ville. Les récoltes agricoles pouvaient justes nourrir la famille mais pas jusqu’à faire de mon père un fortuné qui pouvait s’offrir tout ce dont il avait besoin. En somme il essayait de convaincre mon père pour qu’il abandonne le village pour la ville. Mon père lui avait dit que ce n’était pas une décision facile, car c’était synonyme de repartir à zéro. Là ou je crois que tonton Amidou avait pu convaincre mon père, c’est lorsqu’il lui a dit que mes deux sœurs et moi partions à l’école et si les choses restaient ainsi, comment il allait pouvoir assurer nos études quand nous seront au lycée. Mon père lui avait promis de réfléchir et lui donner sa réponse dans les jours à venir. Tonton Amidou prit congé de nous en remettant à maman un joli complet de pagne. Elle était très heureuse et sautait de joie. Mon père pour provoquer Tonton Amidou lui dit << donc c’est à femme que tu penses ? et-moi ton frère de toujours ? Tu ne m’as rien apporté ?>>. Ils avaient ri et s’étaient souhaité une bonne nuit. Les jours qui ont suivi le départ de tonton Amidou à la ville, je ne reconnaissais pas mon père. Il était très pensif. Ma maman lui avait donné son accord, ses parents aussi. Amidou avait promis l’aider pour ses débuts en ville. Il avait conseillé à papa de se spécialiser dans la vente de pièces détachées. Que c’était un business rentable.

Je me souviens du départ de papa. J’étais triste et il me rassurait qu’on se reverrait bientôt et que c’était pour notre avenir qu’il faisait ça. Il avait promis nous fait venir dès que les choses iraient mieux pour lui. Tonton Amidou l’avait soutenu, guidé et pratiquement un an après, papa a tenu sa promesse. Il nous a fait venir à la ville maman, mes sœurs et moi. La vie en ville était vraiment différente de celle du village. Nous allions dans une nouvelle école et avions de nouveaux copains. Papa avait acheté une boutique de ventes de cuvettes plastiques à maman et c’était un vrai bonheur pour nous car nous avions tous ce dont on rêvait.

Les années passèrent et mes résultats étaient meilleurs. J’ai été admis au CEPE avec 155 points, papa était très fière de moi. Mais depuis un moment il y avait souvent eu des disputes entre papa et maman chose à laquelle nous n’étions pas du tout habitué. Maman se plaignait des entrées tardives de mon père et ses longues conversations au téléphone de façon quotidienne. Pour maman cette attitude de papa cachait bien quelque chose. Mais lui parlait toujours de ses affaires, un rendez-vous avec un client, une livraison de pièces etc… les choses ne s’arrangeaient pas et les disputes continuaient. Un jour papa lassé de toujours s’expliquer répondit à maman :<<tu veux tout savoir ? alors tu sauras tout très bientôt>>. J’avais grandi, je commençais à comprendre certaines choses et j’étais inquiet car la complicité d’antan entre mon père et ma mère disparaissait peu à peu.

Un soir, nous étions à quelques semaines du mois de jeûne papa était rentré avec tonton Amidou et deux autres amis de papa. Ils ont demandé à parler à maman. Nous, nous étions à la table d’étude et mes oreilles étaient tendu vers leurs échanges. C’est tonton Amidou qui avait expliqué à maman que depuis la première année de papa en ville, il avait fait la connaissance d’une riche commerçante qui l’avait aidé dans son commerce. Il poursuivit pour dire que si papa avait de grands magasins aujourd’hui, c’était en partit grâce à cette femme. Plus tard une relation amoureuse était née entre les deux et ils avaient même eu un enfant. Les larmes commencèrent à couler des yeux de maman. Elle se sentait trahie. Sans même chercher à consoler maman, il continuait. C’est bientôt le mois de jeûne et c’est contraire à notre religion de continuer ainsi. Mon père avait donc décidé de faire le mariage religieux comme il est de coutume chez nous. Que pouvait faire maman ? s’opposer ? non, elle était devant les faits accomplis. Deux semaines après, la nouvelle femme de papa était à la maison. L’atmosphère était devenue lourde.

Cette femme était originaire d’un pays voisin. Elle était très riche car propriétaire de plusieurs magasins de pagnes, de basins riches. Elle portait des bijoux de valeur et quand elle était là, maman était effacée, elle était toute petite comparée à cette dame. Mon père n’avait que les yeux pour sa nouvelle femme. C’est à elle qu’il se confiait désormais. Maman était malheureuse. Et se cachait pour pleurer. Mais ce n’était pas le problème de mon père. Depuis l’arrivée de cette femme, papa était comme envoûté. Même moi son premier garçon adoré, je ne valais plus rien il ne me calculait même plus. Ce n’était plus le gentil papa que nous avions connu.

 

Un jour alors que maman et moi étions au chevet de ma petite sœur malade, maman m’avait dit qu’elle espère que je ne serai pas comme mon père plus tard. Qu’elle avait souffert avec lui et comme récompense, c’est une coépouse qu’elle recevait en cadeau. La nouvelle femme faisait beaucoup de sacrifices et les marabouts défilaient à la maison. Papa disait que c’était nécessaire pour la bonne marche pour leurs affaires. Un jour un de ses marabouts même avait prévenu maman de me protéger car j’avais une un bel avenir mais sans protection, ma vie risquait de basculer. Connaissant les services coûteux de ces marabouts, maman n’avait rien fait. Le bonheur que nous vivions n’était qu’un simple souvenir maintenant. C’était comme si nous n’existions plus pour papa. Dans la maison, maman était devenue la bonne à tout faire.

A mon année de troisième (3e), je tombais beaucoup malade. Mes professeurs étaient surpris de mes résultats. Tous se demandaient ce qui n’allait pas. Je n’étudiais plus, mes moyennes était en baisse. Je me promenais désormais avec des amis peu recommandables qui fumaient des stupéfiants, buvaient l’alcool etc. maman avait interpellé papa à propos de ma situation mais il se contentait de dire que c’est l’adolescence et que cela allait me passer. Je passais souvent des nuits dehors avec mes nouveaux compagnons. Avant même la fin de l’année, nous avions été exclu car un jour en état d’ivresse, nous avions menacés de frapper notre principal et d’autres professeurs. Quand je passais par hasard à la maison, maman était en larmes mais moi j’étais indifférent. Je lui disais simplement ça va aller. Quant à papa ses affaires prospéraient et son bonheur était avec sa nouvelle femme et le seul fils qu’elle avait.

Désormais dépendant de la drogue, j’étais détruit j’étais comme un fou et papa m’avais interdit l’accès au domicile familial. Je passais souvent à la boutique de maman prendre quelques pièces de monnaies pour m’acheter de la drogue. Tonton Amidou ne faisait rien pour arranger les choses. Je passai une fois à la boutique de maman que je trouvai fermée. Sa voisine m’expliqua que papa l’avait renvoyée au village avec mes deux sœurs car elle avait manqué de respect à sa nouvelle femme. Quand je passais dans les rues, les gens prenait pitié de moi et me jetais des pièces de monnaie. D’autres criaient drogué là ! mais ils avaient raison la drogue m’avait détruit et je ne valais plus rien.

Un vieillard qui connaissait bien notre famille m’invita un jour chez lui. Il m’avait fait boire une décoction. Je passais le voir régulièrement et avec ses traitements, je me sentais de plus en plus mieux. Je revenais comme d’un long sommeil et je me rendais compte de tout ce qui se passait. Un jour je me suis rendu au magasin de mon père qui m’a menacé de ne plus y mettre les pieds. Je vis désormais dans une cabane avec le vieillard. J’ai pu bricoler une vielle brouette qui me permet de ramasser les ordures des femmes au marché en échange de pièces d’argent. Ma vie est aujourd’hui un enfer mais je ne perds pas espoir.

Quand c’est dur, seuls les durs avancent. Dieu m’élèvera un jour et je rendrai heureuse ma maman et mes deux sœurs. Si papa ne s’était pas marié à cette femme, peut-être que les choses seraient différentes aujourd’hui.

Voici ce que la polygamie a fait à ma famille.

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