Kanigui Soro : Il ne faut pas réveiller le "lion" qui dort

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Si vous êtes journaliste et que vous souhaitez rencontrer le Député Kanigui Soro pour une interview, il vous le dira tout net : pas de sujet tabou ! Autrement, il vous oppose un refus poli. Étonnant ? Pas pour lui... 

Là où certains hésiteraient en demandant, par exemple, à avoir une idée du questionnaire (pour mieux préparer les arguments), l'homme ne s'embarrasse pas de scrupules inutiles. Peut-être, entend-il rester à la fois authentique et naturel dans ses propos ? S'exprimer sans faux-fuyant. Une évidence.

On peut l'apprécier ou pas, chacun son opinion. Mais les récentes mises au point du fondateur du RACI (Rassemblement pour la Côte d'Ivoire) afin de faire la lumière sur ses différends avec l'ancien Président de l'Assemblée nationale et ex-Premier Ministre de Côte d'Ivoire Guillaume Soro, permettent, s'il en est encore besoin, de jauger la loyauté et les principes qui fondent la démarche politique de cet homme. Honnête. Franc. N'en déplaise à ceux qui ont vite fait de le clouer au pilori, dès les premières images de sa sortie de prison en compagnie du chef de l'État, Alassane Ouattara. 

Il faut pourtant observer les faits avec du recul. Sans parti pris et un peu de lucidité. Avant d'aller plus loin, une question à deux sous : Quel chef de famille responsable accepterait avec le sourire, que quelqu'un d'autre (fût-il son propre frère) vienne imposer dans sa maison une nouvelle façon de vivre, en contradiction avec le bon sens, de surcroît pour des raisons floues ? Quelle serait la réaction de ce chef de famille, si malgré ses tentatives pour raisonner son frère, ce dernier décide quand-même de persuader des membres de la famille à le suivre dehors, dans une aventure dont lui seul à idée ? Pour Kanigui Soro, l'amitié, la vraie fraternité ne sauraient se construire dans la manipulation ou sur le sable mouvant des non-dits. 

(Kanigui Soro, fondateur du RACI)

Beaucoup en veulent à mort à cet homme, depuis sa récente prise de parole, révélant publiquement les "dessous des désaccords" avec son ex-patron, Guillaume Soro. Fallait-il se taire et assister, malgré lui, à un micmac qu'il n'approuve pas ? Personne n'accepterait cela, et certainement pas Guillaume Soro lui-même. «Quand je ne veux pas, je sais dire non», affirme Kanigui à qui veut l'entendre. Et ce n'est pas faux. 

Il faut peut-être rappeler cette anecdote à ceux qui ne connaissent pas assez bien le "lion du Kafigue", très à cheval sur les principes de fidélité et de loyauté. Au début de la rébellion armée de 2002, Kanigui Soro alors responsable civile des Forces Nouvelles à Korhogo est arrêté sur instruction de la hiérarchie, pour une raison totalement incongrue. C'était suite à une folle rumeur, insidieusement distillée au sein des rebelles. Il est conduit manu militari à Bouaké (QG de la rébellion à l'époque), par des hommes de Martin Fofié, Commandant de la zone nord à Korhogo. Une fois à Bouaké, Kanigui va être interrogé longuement, en présence de Guillaume Soro himself ainsi que d'autres chefs militaires. Ils s'apercevront de l'erreur, après cet interrogatoire. Malgré tout, Kanigui passe l'éponge sur ce quiproquo, en réaffirmant son engagement aux côtés de ses compagnons.

L'objectif que s'était fixé cet ancien leader syndicaliste, ex-membre de la FESCI, en intégrant les Forces Nouvelles à l'époque, était de permettre la candidature d'Alassane Ouattara aux élections présidentielles ivoiriennes. Ainsi que l'instauration d'une démocratie véritablement inclusive, ni plus ni moins. Après cette triste parenthèse qui a endeuillée plusieurs familles (et qu'il regrette), Kanigui Soro ne voit plus l'importance, encore moins la nécessité de participer à un quelconque projet de nature subversive en Côte d'Ivoire. Et ses compagnons de longue date le savent, y compris ceux qui ont été incarcérés avec lui, suite aux événements rocambolesques du 19 décembre 2019. «D'ailleurs en prison, certains ne me parlaient plus, parce qu'ils connaissaient déjà ma position», nous révélait-il lors d'une interview le 16 octobre 2021. 

C'est dans l'objectif de la conquête du pouvoir par les urnes que l'homme a le flair de créer un peu plus tôt le RACI, mouvement de soutien à son ex-leader Guillaume Soro. Mouvement devenu un parti politique à part entière le 16 février 2019. Avec en ligne de mire les élections présidentielles d'octobre 2020 pour lesquelles le député de Sirasso parie sur son patron Guillaume Soro. Le retrait du chef de l'État, Alassane Ouattara (leur "père" pour lequel ils se sont battus en prenant les armes en 2002) devrait être une aubaine dans ce sens. 

Seulement voilà, "l'homme propre et Dieu dispose"... Les choses ne se passèrent pas tout à fait comme prévu, et Alassane Ouattara décide d'être candidat à sa propre succession, suite au décès brutal de son poulain Amadou Gon Coulibaly, l'ancien Premier ministre. Guillaume Soro et des cadres du mouvement Générations et Peuples Solidaires (GPS) se sentent floués sur le coup. Leurs différends avec le chef de l'État partent évidemment de là. La suite est connue. Notamment avec l'exil de Guillaume Soro suivi de sa condamnation à 20 ans de prison, l'appel à la désobéissance civile qu'il lance en représailles avec d'autres partis politiques en octobre 2020 dans le but d'empêcher la tenue des élections, entre autres. 

Bien avant l'atteinte de ce point de rupture, en 2019, Kanigui Soro et un certain nombre de cadres du RACI œuvraient au retour de Guillaume Soro en Côte d'Ivoire. Jusqu'à leur arrestation survenue le 19 décembre 2019, dans les conditions que l'on sait. «Ce n'est que le jour de notre audition par le juge d'instructions que nous allons apprendre des choses que la plupart d'entre nous ne savions pas», explique-t-il. 

Malgré ce fait, depuis sa cellule de prison, Kanigui maintient le contact et tente de raisonner son ancien patron, ainsi qu'il le révèle dans une longue chronique, sur sa page Facebook le mercredi 12 janvier. Peine perdue. Au contraire, c'est à ce moment que le mystérieux Chris Yapi entre en scène, en le ciblant particulièrement. Cette attaque à visage couvert est celle de trop, après les tentatives de torpillage entre autres. Kanigui décide alors de rompre les amarres avec Guillaume Soro, en le lui disant tout net. 

(La rencontre entre Kanigui Soro et le président Ouattara est diversement interprétée en septembre 2020)

C'est donc libéré de toute contrainte et en conformité avec ses principes qu'il rencontre le chef de l'État, à sa sortie de prison en septembre 2020, pour lui présenter ses excuses après cet imbroglio. Toute chose que Guillaume Soro ne voulait pas du tout. 

Pour avoir longtemps tenté d'arrondir les angles et essayé de concilier les positions entre le pouvoir et ses anciens compagnons, le député de Sirasso ne supporte pas d'être l'objet d'attaques voilées. Fidèle à sa logique de paix et de réconciliation, il entend continuer à œuvrer dans ce sens. Il lui semblait cependant nécessaire de s'exprimer sur ce sujet une fois pour toutes, surtout après les "coups" venus en premier de qui l'on sait. 

Certes, au fond, il ne peut obliger personne à adhérer à sa vision de la politique, encore moins Guillaume Soro à qui il vouait beaucoup d'estime. Mais qui sait si, un jour, peut-être ce dernier reviendra-t-il à la "maison", en vue d'une réconciliation avec leur mentor commun Alassane Ouattara ? En tous les cas, le "lion du Kafigue" reste préoccupé par la paix et s'inscrit résolument dans cette dynamique. En politique, comme dans tout autre domaine, il y a nécessairement un enseignement à chaque étape du cheminement. Et l'un des plus importants pourrait être celui-ci : Que la passion ne prenne pas le pas sur la raison. 

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