Il y a 60 ans, l'Afrique noire était mal partie

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L’Afrique noire est mal partie. C’est le titre de l’ouvrage à succès de l’agronome français René Dumont. Paru en 1962, cet ouvrage avait créé un scandale, rien que par le titre. En 1991, nous avions eu l’opportunité de le parcourir, avec bien d’intérêts.

De nombreuses anecdotes étaient la thèse principale de l’auteur : l’Afrique noire doit réajuster ses priorités, au risque de ne pas atteindre le développement tant recherché. Pour chaque pays, l’auteur attirait l’attention sur les grands dangers qui le guettaient, dans un contexte où la Corée du Sud rêvait de devenir comme le Ghana.

Pour le Cameroun, l'auteur insistait sur la consommation de l'alcool et les grosses dépenses au cours des funérailles...toujours grandioses. 

Pour le Mali, il se désolait de la sous-exploitation du delta intérieur du Niger, le plus grand au monde (le Macina). Il trouvait les techniques culturales ancestrales improductives et les ingénieurs agricoles paresseux, restant au bureau au lieu de diffuser les bonnes pratiques culturales. 

Pour la Côte d’ivoire, il insistait sur le goût du luxe des riches agriculteurs qu’il avait alors rencontré. Meubles de luxe, vins de grand cru…

Après 70 ans d’indépendance, le constat est palpable. Notre réaction avait été épidermique, émotionnelle et non scientifique. Il s’est fait expulser en vain du Cameroun et déclarer persona non grata dans d’autres pays quand son ouvrage n’était pas simplement mis à l’index.

Le Cameroun caracole aujourd’hui en tête des plus grands consommateurs d’alcool avec le Gabon. Les brasseries y ont engrangé près de 770 milliards de F CFA en 2017 (soit plus du tiers du PIB du pays pendant la même période). Les plus avertis lorgneront du côté des réserves indiennes d’Amérique du Nord ou de la Finlande.

Au Mali, le delta intérieur (phénomène hydrologique exceptionnel) ne parvient pas à produire le riz qui pouvait en 1962, nourrir l’Afrique toute entière. Le Mali attend toujours impatiemment les camions en provenance des ports côtiers, pour la fourniture du bon riz thaïlandais.

Pour information, il n'existe que deux deltas intérieurs en Afrique. Ce phénomène permet presque au fleuve Niger de se jeter dans une mer souterraine, avant de continuer sa course, irriguant en permanence cette zone entourée de terres arides (le Macina). 

Si rien n’était fait, avertissait-il, nous ferions face à une grande famine entre 1980 et 1985. En 1984 et 1985, l’Éthiopie faisait face à la grande famine. Il reprochait à ce pays de disposer de plus de chars que de tracteurs. 

En Côte d’ivoire, il existe toujours de riches exploitants agricoles ayant peu ou prou, mécanisé leur plantation.

Qu’avez-vous retenu de la lecture de cet ouvrage de référence ?

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Crédit-photo : www.decitre.fr

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