Déguerpissement : Adjamé définitivement débarrassé des commerces anarchiques comme à Koumassi ?

Patrick_Russel

L'hôtel de ville de la commune se veut à l'image du nouveau visage d'Adjamé (images d'archives).

Chasser le naturel, il revient au galop ! La commune d'Adjamé veut finir avec cette image de cité anarchique qui lui colle depuis longtemps à la peau. Sauf changement de dernière minute, c'est aujourd'hui mardi 20 Avril 2021 que démarre la grande opération de liberation de tous les trottoirs d'Adjamé.

Par communiqué n° 0583/C ADJ/DST/ZA/2021 daté du 13 Avril dernier, M. Soumahoro Farikou, député-maire de cette commune abidjanaise a mis en demeure tous les commercants occupants tous les trottoirs du domaine Public Communal de les libérer urgemment et LIBREMENT. Après une période d'observation, les "récalcitrants" seront déguerpis par la force publique. Sont concernés, tous les commercants sur l'étendue des 19 quartiers que compte Adjamé. Depuis, c'est le branle-bas chez les nombreux chefs de famille. S'il faut saluer la décision de l'autorité municipale qui veut améliorer le cadre de vie de ses administrés, force est, cependant, de constater que les Ivoiriens sont désormais coutumiers de ce type d'opération. Et attendent, circonspects, le début de cette énième opération de déguerpissement.

Le député-maire Soumahoro Farikou veut redonner vie à sa commune.

On ne compte plus le nombre de fois où les commercants d'Adjamé ont été priés de libérer les rues. Chaque maire y est allé de son déguerpissement. De Dembélé L'assina du PDCI-RDA (1985-1995), à l'actuel, Soumahoro Farikou (RHDP, depuis 2018), en passant par Youssouf Sylla (RDR), de 2001 à 2018, et Pierre Djedji Amondji (FPI), 1996-2001. La dernière opération a eu lieu en Août 2019. Et avait permis d'aérer un peu plus cette commune hautement commerciale.

Le visage actuel du boulevard Nangui Abrogoua.

Le résultat le plus probant a été le célèbre et symbolique boulevard Nangui Abrogoua. La rue la plus marchande du pays partant de la gare de train-Gare Nord SOTRA jusqu'à l'institut National de Santé Publique (INSP), entrée du Plateau, avait repris des couleurs. Avec une circulation automobile et pédestre beaucoup plus fluide. Les bus de la SOTRA s'y aventurant à cœur joies. Les propriétaires de magasins situés le long de l'artère avaient ainsi retrouvé le sourire; l'accès à leurs différentes marchandises s'en trouvant aisé. Tout le monde était heureux de pouvoir faire allègrement ses courses dans le "souk" abidjanais. La sécurité s'était tout aussi amélioré avec la présence visible de nombreux policiers municipaux.

Et puis, patatras! La promesse du député-maire Soumahoro Farikou que les commercants ne reviendraient plus dans les rues a été jetée aux oubliettes. Le "naturel" des commerçants est revenu à grande chevauchée. Ils ont quasiment recolonisé les espaces qu'ils avaient libéré. Faisant un pied de nez à "maman Buldozer", la ministre Anne-Désirée Oulotto nouvellement promue à la tête du ministère de la Fonction publique et qui avaitpromis redonner ton eclat à la Perle des lagunes. Le boulevard Nangui Abrogoua est redevenu ce qu'il était il y a 3 ans, c'est-à-dire un "Go-slow" où maraudent les bandits de tout acabit. Le marché Gouro, Roxy (célèbre pour son marché parallèle de produits pharmaceutiques), le Black Market, situés non loin, ne sont pas en reste. Tout comme, la voie reliant la commune à sa voisine Attécoubé et qui passe par les rails, la cité RAN et le carrefour SODECI, Bromakoté, Dallas, Rouge, Fraternité, 220 logements, Chicane, Williamsville, Habitat, Bracodi... Tous les quartiers sont actuellement des centres commerciaux à ciel ouvert. Tout respire le commerce à Adjamé. Repoussant dans les arrières-cours les habitations et autres établissements sanitaires et scolaires.

Le même boulevard sous ses mauvais jours il y a 3 ans (images d'archives).

Allez vous promener du côté de l'hôpital général (centre de référence) de la Commune et du Centre anti-tuberculeux contiguë. Avec beaucoup de peine, vous chercherez votre chemin dans les dédales de magasins, de "wotro-tigui" (sorte de portefaix locaux) et de vendeurs à la criee. Que dire du groupe scolaire Satigui Sangaré, des lycées Harris et Nangui Abrogoua? Sinon que leurs élèves et enseignants luttent quotidiennement contre les nuisances sonores générées par tous ces commerces alentours.

Citer ici tous les "dysfonctionnements" de cette sympathique commune serait fastidieux. Ils sont visibles et palpables. Au grand dam des autorités municipales qui ont donc décidé de prendre le taureau par les cornes. À bonne raison ! Alors, Soumahoro Farikou comme son collègue Ibrahim Cissé Bacongo de Koumassi ? Gageons seulement que cette fois soit la bonne.

Patrick Russel

Patrick_Russel contact@operanewshub.com