FPI : Que pèse Simone sans Gbagbo ?

Cyrille_NAHIN

De l’arrestation du 18 février 1992 et son corollaire d’emprisonnement (incarcéré six mois, jugé pour tentative de subversion avant d'être gracié par le Président Houphouët) au grave accident de la circulation en 1996, le couple Gbagbo-Simone est passé par toutes les épreuves. Il n’empêche qu’en dépit de son militantisme et de son engagement politique, Simone a toujours volé sous l’aile de son camarade et époux Laurent Gbagbo. Une rupture politique entre l’ex-président ivoirien et son épouse permettrait-elle à Simone de jouer les premiers rôles ? Simone peut-elle tenir tête à Gbagbo ?

Le combat main dans la main

Loin d’un rôle de représentation propre à certaines épouses de chefs d’Etats africains, l’historienne Simone Gbagbo, docteur 3e cycle en littérature orale, chercheur en linguistique appliquée, est une syndicaliste marxiste, co-fondatrice du Front populaire ivoirien (FPI) en 1982 avec Laurent Gbagbo, Aboudramane Sangaré, Émile Boga Doudou, Assoa Adou, Pascal Kokora et Pierre Kipré. C’est donc à juste titre qu’au soir du 26 octobre 2000, date d’accession du couple Gbagbo au pouvoir d’Etat, Laurent Gbagbo lève son verre à Simone qui aura été de tous les combats. « Si j’ai gagné, c’est à elle que je le dois. Elle a fait 60 % du travail. », a-t-il indiqué. Tout au long du règne de Gbagbo, l’influence de Simone, appelée la Dame de fer, est telle que certains voit en elle, celle qui tire les ficelles.

Le pouvoir de Simone

 « Mon mari a une très forte personnalité, moi aussi. Ce qui me donne un certain poids. Il m’écoute, c’est normal, sans pour autant que j’intervienne dans la formation du gouvernement. Tous les ministres ont du respect pour moi. Et on me situe souvent au-dessus d’eux. J’ai la trempe d’un ministre. » confie-t-elle au journal L’Express cité par Moussa Touré dans Côte d'Ivoire : Simone Gbagbo prend le pouvoir in Politique africaine 2004/3 (N° 95), pages 32 à 36.

A juste titre car c’est bel et bien Simone qui convint en 1996 son époux de rejoindre l’église évangélique. Adèle, son surnom dans la clandestinité, est celle qui a opposé son veto à la nomination de Kandia Kamissoko-Camara au poste de ministre de la Femme et de la Famille. Au contraire, Simone a positionné ses proches au cœur du pouvoir Gbagbo. Ce sont entre autres Christine Nebout-Adjobi, sa cousine germaine, au poste de ministre chargé de la Lutte contre le sida, son gynécologue, Dr Blé Christophe, devenu le médecin particulier du Président Gbagbo ou encore son pasteur, Koré Moïse, devenu le conseiller spirituel du chef de l’État…

Complémentarité ou dépendance ?

Au FPI, Simone reste intellectuellement et historiquement, la seule susceptible de tenir la dragée haute à Laurent Gbagbo. Son influence est-elle que certains la voient succéder à Laurent Gbagbo. De son passage au SYNARES, syndicat des enseignants du supérieur à ses velléités de présider l’Assemblée nationale, la fille de Jean Ehivet, a tellement de la carrure que son époux Laurent Gbagbo était à tort ou à raison taxé d’être un président commandé par sa femme. Il est clair que loin des stucs et des lambris dorés, Simone aura réussi à exercer son pouvoir à l’ombre, sur les hommes de pouvoir.

Cependant, elle peut s’en vouloir de n’avoir pas vite perçu le danger. Celui de ne s’être pas vite émancipée de Gbagbo si bien à ce jour, sa succession ne ferait point l’unanimité. Le mouvement politique qu’elle lance lui fera connaître le destin d’un certain Emmanuel Macron ? Difficile de le dire car Simone n’a pas un poids électoral national. 2025 paraît trop court pour voir Simone Gbagbo (72 ans) entrer dans l’histoire comme la première femme élue présidente de la République. 2030 paraît également trop tard car elle aura 81 ans. Est-ce le temps des regrets ou du renouveau pour Dame Simone Ehivet ?

Cyrille NAHIN

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