Voici ce que disait Gbagbo suite au coup d'état contre Bédié, avant d'être surpris par la rébellion

RaoulMobio

Les faits qui ont conduits à une détérioration chaotique du climat sociopolitique en Côte d'Ivoire, au point de défigurer cette nation, anciennement réputée pour être un havre de paix, méritent d'être revisités, à l'heure où l'évolution de l'actualité politico-judiciaire impose le bilan. 

De 1959 à 1999, ce pays phare d'Afrique de l'Ouest a traversé des périodes tumultueuses de son histoire, notamment avec les tentatives de sécession du Sanwi et du Guébié, mais la dextérité politique du président d'alors, Félix Houphouët-Boigny, avait réussi à dissiper ces tempêtes derrière lesquelles se cachaient tout de même, de réelles frustrations. 

Lorsqu'au milieu des années 1980, la Côte d'Ivoire, frappée par une récession économique inédite, causée par la chute brutale des cours des matières premières, en l'occurrence, le binôme café-cacao, bascule dans l'instabilité sociale avec la multiplication des contestations populaires sur fond de défiance à l'autorité de Félix Houphouët-Boigny, vieillissant et affaibli, l'armée se garde de s'immiscer dans le débat politique. 

Ceci ne relève pas de ses prérogatives. Même, au moment du déclenchement de la crise de succession entre les héritiers du ''vieux'', à l'annonce de sa mort, le 07 Décembre 1993, les militaires conservent une attitude républicaine et se tiennent à l'écart des joutes politiciennes en se conformant à la légalité constitutionnelle, qui faisait du président de l'assemblée nationale, Henri Konan Bédié, le successeur légitime et légal du défunt chef de l'état. 

6 ans plus tard, en Noël 1999. Suite à un mouvement de mécontentement des casernes, Henri Konan Bédié est renversé. Les partisans de l'opposition exultent dans les rues. Leurs leaders n'en sont pas moins euphoriques. Au premier rang de ceux-ci, Laurent Gbagbo. 

Dans une interview accordée à la journaliste, Julia Ficatier du quotidien Français, ''La Croix'', et publiée le 10 Janvier 2000, le secrétaire général du Front Populaire Ivoirien (FPI), magnifiait l'acte de subversion posé par les militaires en ces termes: ''Ce coup de force, nous l'approuvons totalement. Il y a des moments où l'intervention des militaires fait au contraire progresser la démocratie. Dans les pays africains, ou dans les pays de dictature affichée ou larvée, les putschs ne sont pas forcément une mauvaise chose. Parfois même, c'est une avancée pour la démocratie. Ma référence en la matière, c'est le Portugal en 1974, et ce qu'on a appelé « la révolution des oeillets » : rappelez-vous, ce sont les militaires qui ont libéré le Portugal de la dictature et permis l'accession à l'indépendance des colonies portugaises d'Afrique, la Guinée-Bisau, le Mozambique et l'Angola. Quand Mario Soares, le futur premier ministre socialiste comme moi , est revenu à Lisbonne de son exil à Paris, il a fait son entrée sur un char et n'en a jamais été honteux''. 

Moins de 13 mois plus tard, comme un retour du Karma, celui qui applaudissait des deux mains le renversement de son prédécesseur, et qui entre-temps, avait accédé au pouvoir ''dans des conditions calamiteuses'', selon ses propres termes, se voyait pris dans le tourbillon des tentatives de coups d'état, dès le 08 Janvier 2001, dans ce que l'histoire retient comme ''le complot de la Mercedes noire''. 

Seulement, ce n'était qu'un avertissement sans frais. Le pire était à venir. Et ce pire commença dans la nuit du 18 au 19 Septembre 2002, avec une tentative manquée de coup d'état, qui se mua vite en rébellion armée, partitionnant ainsi le territoire national jusqu'au coup de grâce qui fut porté à son régime, ce fameux 11 Avril 2011, et qui déboucha sur son arrestation ainsi que celles de ses proches, dans des conditions humiliantes. 

L'expérience en Côte d'Ivoire depuis les événements de Décembre 1999, l'a suffisamment démontrée; les manœuvres de déstabilisation des institutions de la république peuvent déboucher sur des cycles de violences politiques interminables, comme les Ivoiriens continuent de le craindre.

Raoul Mobio

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