Jules Tanoh (Coordonnateur du GMGFT) : "l'Etat doit règlementer les prix du faux thon"

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Le débat autour de la commercialisation du "faux thon" persiste et les choses vont de mal en pi. Pour le coordonnateur général du Mouvement des Mareyeurs Grossistes au Faux Thon (GMGFT) Jules Tanoh, cette crise peut prendre fin. Il suffit juste au gouvernement de mettre en application la loi qui l'autorise à règlementer les prix des produits à grande consommation.

Monsieur Tanoh, votre mouvement, le GMGFT est toujours dans la lutte pour un assainissement du secteur du faux thon. Et en face de vous il y a certains de vos compères qui évoquent la libéralisation du commerce.

Libéralisation du commerce ne veut pas dire anarchie. C'est d'ailleurs pour cela que c'est balisé par des textes qui sont prévus par des lois. La plus simple est la loi n°93-312 du 11 mars 1993 fixant les conditions d'exercice des professions touchant au commerce des animaux, des denrées animales et d'origine animale destinés à la consommation humaine. Sur ce point nous devons être d'accord que pour exercer ce métier il faut être agrée. C'est dire que l'Etat lui-même a règlementé la chose. Cela veut dire aussi que tant qu'il y a problème, l'Etat peut toujours toucher à la loi. Sinon tout le monde pouvait se lever pour vendre le thon. Mais si aujourd'hui pour faire cette profession il faut être agrée, c'est la preuve que l'Etat a réglementé cette activité. 

Quels documents permettent à un tiers d'exercer dans le secteur du thon?

Il faut un document du ministère de l'intérieur (la commune où tu exerces), il faut un certificat de non faillite du tribunal, des documents de visite de médicale, etc... C'est la preuve que l'Etat même a balisé ce secteur d'activité. A parti de l'instant où cela concerne une grande partie de la population, l'Etat doit prendre des décisions en faveur de cette population en mettant encore plus d'ordre comme il le fait avec le prix du bétail. Il y a plusieurs cimenterie en Côte d'Ivoire, mais le prix du paquet de ciment est règlementé par l'Etat. C'est pareil pour le pain, le gaz, le carburant etc... Donc aujourd'hui, l'Etat est en droit de s'impliquer dans la commercialisation du "faux thon" qui désormais est classé parmi les produits à grande consommation.

Surtout que l'Etat est déjà regardant sur le secteur ? 

Il faudrait bien que l'assiette dans laquelle ce poisson se retrouvait à 100 ou 200 fcfa, ce poisson continue à s'y retrouver à moindre coût. Parce nous savons tous aujourd'hui que c'est dans les assiettes des couches les plus vulnérables que ce produit se retrouve. Donc, pour ceux qui parlent de la libéralisation du commerce, je répondrai que l'Etat même est regardant sur ce secteur du moment où il a mis des balises pour exercer dans ce secteur d'activité. Libéraliser le commerce ne veut pas dire instauration de l'anarchie dans un secteur d'activité. Le commerce du "faux thon" est réglementé et la loi accompagne cette réglementation. C'est le ministère du commerce qui assure le secrétariat général de la commission des agréments, le ministère des ressources animales et halieutique en assure la présidence. Les agréments sont co-signés par les deux ministères. 

Il y a aussi la loi sur la concurrence qui permet au gouvernement de règlementer ce prix ?

Effectivement, il y la loi sur la concurrence en Côte d'Ivoire. Cette loi sur la liberté des prix et des échanges nous dit dans son article premier alinéa 1 que les prix des biens et services échangés en Cote d’Ivoire sont librement déterminés par le jeu de la concurrence ; l'alinéa 2 nous dit que l’importation en Cote d’Ivoire, l’exportation et la réexportation hors de Cote d’Ivoire, sous un régime douanier quelconque des marchandises étrangères ou non de toute origine et de toutes provenances sont libres. Mais c'est à partir de l'article 2 qu'il devient intéressant. L'alinéa 1 de l'article 2 nous dit que le gouvernement peut réglementer les prix des biens et services de premières nécessités ou de grande consommation, après avis de la Commission et en particulier si la concurrence par les prix est limités raison de situations de monopole ou de disposition législatives ou réglementaires.

Ainsi, conformément à l’obligation qui lui est faite suivant les dispositions de l’article 6 de remettre un rapport annuel sur l’état de la concurrence dans l’économie ivoirienne, la Commission de la concurrence doit émettre son avis, chaque année, sur la liste des prix réglementés existants. Au vu de ces dispositions, nous pensons que le gouvernement se doit de mettre de l'ordre dans la commercialisation du "faux thon". Vu que ce produit est maintenant classé produit à grande consommation. 

Interview réalisée par Eugène YOBOUET

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