Gestion d'entreprises d'Etat : Ouattara crée des institutions de veille, la corruption les ignore

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IGE, Haute autorité, ministère de la promotion de la bonne gouvernance, ces organes qui ne peuvent vaincre la corruption.

Récemment, le gouvernement a procédé à la suspension à titre conservatoire de plusieurs directeurs à la suite d’investigations préliminaires dans des structures de l’Etat. Nous vous partageons notre opinion sur ce sujet.

« La lutte contre la corruption revêt, en effet, un enjeu majeur parce que la corruption sape les fondements même de l’Etat de droit et de la démocratie (...). C’est pourquoi, la lutte contre la corruption sera renforcée et les cas de corruption sévèrement réprimés aussi bien dans l’administration que dans le secteur privé », a promis le président Alassane Ouattara le 14 décembre 2020, lors de son discours après sa prestation de serment suite à l’élection présidentielle de 2020. Il l’a encore réaffirmé avec la création du ministère de la Promotion de la bonne gouvernance, du renforcement des capacités et de la lutte contre la corruption. Bien avant ce discours et la création de ce ministère, le Chef de l’Etat Alassane Ouattara a créé par ordonnance en 2013, la Haute autorité pour la bonne gouvernance.

L'on est en droit de se demander, quel est le bilan et les actions concrètes menées par la Haute autorité pour la bonne gouvernance de 2013 à ce jour ? Une Haute autorité dont le président est nommé par le chef de l’Etat, peut-elle bien jouer son rôle? Le ministère dédié à la lutte contre la corruption ne fait-il pas double emploi avec la Haute autorité pour la bonne gouvernance ? Les Ivoiriens ont-ils véritablement perçu les effets de la Haute autorité pour la bonne gouvernance dans la réduction de la corruption ? Selon l’information livrée par le site Linfodrome, dans le dernier rapport 2021 de Transparency international sur la corruption, la Côte d’Ivoire est classée à la 8ème place des pays les plus corrompus d’Afrique de l’Ouest. Cette mauvaise posture de la Côte d’Ivoire liée à la corruption démontre que beaucoup reste à faire. Tous les secteurs d’activité sont gangrenés par la corruption et cela a d’énormes répercussions sur le développement de la Côte d’Ivoire. Le 24 juin 2021, dans sa parution du jour, le journal Fraternité Matin publiait un communiqué qui annonçait la suspension de plusieurs directeurs de structures étatiques. « Suite à des investigations préliminaires sur la gouvernance de certaines structures de l’Etat, il a été décidé de diligenter des audits. Sur la base des conclusions des premières investigations et dans l’attente des résultats de ces audits, certains responsables de structures font l’objet de suspension à titre conservatoire : la Nouvelle Pharmacie de la Santé Publique (NPSP), L’ Agence de Gestion et de Développement des Infrastructures Industrielles (AGEDI), l’ Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI), l’ Agence de Gestion Foncière (AGEF)», mentionne le communiqué. Devons-nous, nous attendre à une réelle volonté du gouvernement d’assainir ces structures d’Etat ou à des effets spéciaux? Car ce n’est pas la première fois que les dirigeants ivoiriens émettent des discours en vue de lutter contre la corruption. Dans le même discours de décembre dernier, Alassane Ouattara a évoqué deux postulats à savoir : « les fondements de l’Etat de droit et de la démocratie ». Parlant d’Etat de droit, la Haute autorité pour la bonne gouvernance doit être au-dessus des politiques et suffisamment autonome pour agir dans tous les camps, pouvoir, opposition, administration, secteur privé, citoyen lambda. En Côte d’Ivoire, les fonds alloués aux partis politiques ont-ils été déjà audités? Lors de la campagne présidentielle, le candidat du pouvoir et ceux de l’opposition ont-ils déjà prouvé la provenance des fonds de leurs campagnes? Dans la saine gestion des affaires publiques, l’Etat dispose de l’Inspection générale d’Etat. Celle-ci a pour mission le contrôle, l’inspection et la promotion de la bonne gouvernance. Tout comme la Haute autorité pour la bonne gouvernance, l’inspecteur général d’Etat est nommé par le président de la République. L’IGE, selon nous n’est pas suffisamment connu des Ivoiriens, et ne communique pas assez sur ses missions d’inspection et contrôles. Que fait l’IGE, lorsque les Ivoiriens se plaignent de façon récurrente des services de santé, du secteur de l’éducation? La Côte d’Ivoire dispose de l’IGE, de la Haute autorité pour la bonne gouvernance, d’un ministère de la Promotion de la bonne gouvernance, du renforcement des capacités et de la lutte contre la corruption, mais toutes ces structures ne peuvent déconfiner le pays de la corruption. Il manque une véritable volonté politique pour réduire la corruption qui progresse. L’exemple devrait venir des responsables politiques et administratifs à tous les niveaux.

Cette suspension de plusieurs directeurs dans les structures de l’Etat ne doit pas être une opération de communication. Les audits doivent se poursuivre et s’intensifier dans tous les secteurs. La lutte contre la corruption ne doit pas être un vain discours mais se traduire dans les actes forts du sommet vers le bas.


N’Dri Koffi

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